Aujourd’hui, prenons le temps de « vivre » cet enseignement proposé par le Père Marcel CREPIN, curé de la cathédrale de Fort-de-France. Illustré par un délicat dessin d’un de nos jeunes artistes martiniquais (Ralph), il s’appuie directement sur la Parole de Dieu. Laissons-nous toucher par la grandeur du sacrement de réconciliation …

Tout homme naît marqué du péché originel. Par le sacrement du baptême, le chrétien en est libéré et devient un être nouveau (Cf. Col 3, 9-17). Cependant, force est de constater que malgré le désir d’une vie sainte, il y a cette inclination au mal qui entraîne malheureusement à poser des actes contraires à cette vie nouvelle en Jésus-Christ. St Paul déjà faisait ce triste constat, disant : « Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas » (Rm 7, 19). Mais notre Dieu et Père ne cesse jamais de secourir ses enfants, car sa Miséricorde dépasse infiniment tout ce que nous pourrions imaginer.

Jésus, expression parfaite de l’amour du Père, qui « n’a pas été envoyé dans le monde pour le juger, mais pour que, par lui, il soit sauvé » (Jn 3, 17), nous a redit par Sœur Faustine « qu’aucune âme n’ait peur de s’approcher de Moi, même si ses péchés sont comme l’écarlate. Ma Miséricorde est si grande que, pendant l’éternité, aucun esprit, ni humain ni angélique, ne saurait approfondir tout ce qui est sorti des profondeurs de ma Miséricorde… » (P. J. n° 699). Ainsi, après chacune de nos chutes, nous sommes invités comme le fils prodigue (Lc 15, 11-32) à venir nous jeter dans les bras de Celui qui nous attend impatiemment, inlassablement avec amour. C’est cette démarche que nous sommes invités à vivre dans le Sacrement de la Réconciliation.

Notons, qu’il est intéressant de parler de Sacrement de la Réconciliation. En effet, cela sous-entend qu’il ne s’agit pas simplement d’aller se confesser pour recevoir le pardon de ses péchés, d’accomplir un rite qui permettrait d’être en paix avec sa conscience, mais de restaurer une relation que le péché avait brisée avec Dieu, avec les autres et avec nous-mêmes. Parler de réconciliation, n’est-ce pas évoquer aussi la joie et le bonheur des retrouvailles pour ceux dont la relation s’était dégradée… C’est une joie et un bonheur bien plus grand que nous sommes appelés à expérimenter dans ce sacrement, source intarissable de la miséricorde divine. Le Christ nous rappelle aussi « qu’au ciel, il y a plus joie pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion » (Lc 15, 7).

Méditons cet extrait du 3ème sermon de St Bernard pour la fête des saints apôtres Pierre et Paul, passim.

C’est avec raison, mes frères, que l’Église applique aux saints apôtres Pierre et Paul ces paroles du Sage : « Ce sont des hommes de miséricorde, dont les bienfaits ne tombent pas dans l’oubli ; les biens qu’ils ont laissés à leur postérité subsistent toujours » (Si 44,10-11). Oui, on peut bien les appeler des hommes de miséricorde : parce qu’ils ont obtenu miséricorde pour eux-mêmes, parce qu’ils sont pleins de miséricorde, et que c’est dans sa miséricorde que Dieu nous les a donnés.

Voyez, en effet, quelle miséricorde ils ont obtenue. Si vous interrogez saint Paul sur ce point…, il vous dira de lui-même : « J’ai commencé par être un blasphémateur, un persécuteur, un insulteur ; mais j’ai obtenu miséricorde de Dieu » (1Tm 1,13). En effet, qui ne sait tout le mal qu’il a fait aux chrétiens de Jérusalem…et même dans la Judée toute entière ?… Pour ce qui est du bienheureux Pierre, j’ai une autre chose à vous dire, mais une chose d’autant plus sublime qu’elle est unique. En effet, si Paul a péché, il l’a fait sans le savoir, car il n’avait pas la foi ; Pierre au contraire avait les yeux grands ouverts au moment de sa chute (Mt 26,69s). Mais « là où la faute a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5,20)… Si saint Pierre a pu s’élever à un tel degré de sainteté après avoir fait une chute si lourde, qui pourra désormais désespérer, pour peu qu’il veuille lui aussi sortir de ses péchés ? Remarquez ce que dit l’Évangile : « Il sortit et pleura amèrement » (v. 75)…

Vous avez entendu quelle miséricorde les apôtres ont obtenue, et désormais personne parmi vous ne sera accablé de ses fautes passées plus qu’il ne faut… Si tu as péché, Paul n’a-t-il pas péché davantage ? Si tu as fait une chute, Pierre n’en a-t-il pas fait une plus profonde que toi ? Or, l’un et l’autre, en faisant pénitence, non seulement ont obtenu le salut mais sont devenus de grands saints, sont même devenus les ministres du salut, les maîtres de la sainteté. Fais donc de même, mon frère, car c’est pour toi que l’Écriture les appelle « des hommes de miséricorde ».