Trois mots clefs, trois images, trois conseils

Voici la catéchèse du Pape sur le « S’il vous plaît, merci, pardon », présentée par Aleteia.

« Ces trois mots clefs sont des mots simples et peut-être que de prime abord, ils nous font sourire. Mais quand on les oublie, il n’y a plus de quoi rire, pas vrai ? Or, notre éducation, parfois, les néglige ». François avait déjà eu l’occasion de parler des trois mots clefs de la vie familiale que sont « S’il vous plaît, merci et pardon ». Poursuivant sa série de catéchèses sur le mariage et la famille, il y est revenu dans celle du 13 mai 2015, « porte d’entrée, a-t-il dit, d’une série de réflexions sur la vie de la famille, sur laquelle ces trois mots sont écrits ». En effet, a-t-il ajouté, « ces paroles ouvrent la route du bien vivre et du vivre en paix en famille (…) Et au contraire, leur absence ouvre peu à peu des fissures qui peuvent aller jusqu’à la faire s’écrouler ».  Voici cette catéchèse, décryptée par Aleteia.


⇒ S’il vous plaît

D’entrée de jeu, une précision s’impose : le mot « permesso », c’est-à-dire, « permis », utilisé par le Saint-Père (et fréquemment en Italien) signifie moins « S’il vous plaît » que « puis-je ? ».  Il est moins ce « petit mot magique » que l’on apprend à dire aux enfants pour obtenir un bonbon ou un tour de manège, que l’expression « de la délicatesse d’une attitude non invasive », qui doit exister entre les personnes, « même quand l’autre fait partie de notre vie », a remarqué le Pape. « En d’autres termes, a-t-il poursuivi, la confiance n’autorise pas à tout prendre pour acquis. Et plus l’amour est intime et profond, plus il exige le respect de la liberté et la capacité d’attendre que l’autre ouvre la porte de son cœur ».

L’image de la porte
C’est précisément celle que François a utilisé. Elle colle d’autant mieux au mot « permesso », que les italiens utilisent ce mot quand ils frappent pour entrer quelque part. Place Saint-Pierre, le Pape a invité à adopter en famille l’attitude de délicatesse du Christ, qui ne contraint jamais, ne force jamais la main. Attitude qui apparaît dans le passage de l’Apocalypse lu au début de cette audience : « Voici que je me tiens à la porte et que je frappe. Si quelqu’un écoute ma voix et ouvre ma porte, je viendrai chez lui, je mangerai avec lui et lui avec moi ».

Ne pas oublier la délicatesse du Christ. C’est le conseil donné par le pape à l’assemblée. « Le Seigneur aussi demande la permission d’entrer ! Ne l’oublions pas ! En famille, avant de faire quelque chose, demandons : « Est-ce que je peux ? », « Est-ce que cela te plaît si je fais ceci ? », a-t-il développé, invitant aussi à « demander gentiment même ce à quoi nous pensons peut-être pouvoir prétendre ». Ce « langage éduqué et plein d’amour » est l’une des clefs de la bonne entente conjugale et familiale, a dit le Pape.

Merci

Pour François, ce mot, souvent considéré – à tort évidemment – comme un signe de faiblesse et qui fait tellement défaut aujourd’hui, est l’expression d’un autre mot de la même famille : la gratitude. Le Pape a voulu insister sur l’importance de ces deux mots qui n’en font qu’un, en prenant les grands moyens : « Un chrétien qui ne sait pas remercier est quelqu’un qui a oublié la langue de Dieu », a-t-il répété face à  une assemblée médusée, en raccrochant ses paroles à l’épisode évangélique des dix lépreux guéris, dont un seul est venu remercier Jésus.

L’image de la fleur
C’est celle que le Pape a trouvé pour parler de la gratitude, ce mot qui « pour le chrétien, est au cœur de la foi » et  qui « est la fleur d’une âme noble », a-t-il avancé. Comme parfois, surtout place Saint-Pierre, François a fait appel à ses souvenirs de pasteur, qui le conduisent souvent sur les traces de ces petits et de ces humbles à qui Dieu révèle ce qu’Il cache aux sages et aux savants. « Un jour, a rapporté l’ancien archevêque de Buenos Aires, j’ai entendu une personne âgée, très sage, très bonne et simple, dire, avec cette sagesse de la piété, de la vie : « La gratitude est une plante qui pousse seulement dans la terre des âmes nobles ». C’est « cette noblesse de l’âme, cette grâce de Dieu dans l’âme [qui] nous pousse à dire merci », a conclu le Pape, soulignant ainsi que ce mot est bien plus qu’une simple formule de politesse.

Se montrer intransigeant sur l’éducation à la gratitude et à la reconnaissance. C’est le conseil donné aux parents par François, pour qui « la dignité de la personne et la justice passent toutes deux par là (…) Si la vie familiale néglige cet aspect, la vie sociale le perdra aussi », a-t-il insisté.

⇒ Pardon, ou excuse-moi

Mot difficile et pourtant si nécessaire, a dit le pape, ajoutant que « quand il manque, de petites fissures s’élargissent jusqu’à devenir de profonds fossés ». Tant de blessures dans les familles, a-t-il insisté, viennent de la perte de ce mot précieux. Pour le Pape, qui en veut pour preuve le Notre Père, « si nous ne sommes pas capables de nous excuser, cela veut dire que nous ne sommes pas capables non plus de pardonner »

L’image de l’eau et de l’air
 « Dans la maison où on ne s’excuse pas, l’air commence à manquer et les eaux deviennent stagnantes », a, poursuivi le pape, appelant à la rescousse deux des quatre éléments de la philosophie naturelle. En s’excusant, « on arrête l’infection ».

Ne jamais finir la journée sans faire la paix. C’est le grand conseil donné par François lors de cette audience, pour éviter que « ce sentiment soit [encore] présent le lendemain ». Il l’a même répété et fait répéter aux fidèles présents, qui se sont prêtés à l’exercice de bonne grâce. Comment faut-il faire la paix, quand on s’est disputé et que les assiettes ont peut-être volé ? Comment faire la paix entre mari et femme, entre enfants et parents ? a demandé le Pape. Comme il a déjà eu l’occasion de le dire, il n’est pas nécessaire de se mettre à genoux pour cela. « Non, juste un petit geste, une petite chose comme ça, a-t-il lancé en se caressant la joue. « Il suffit d’une caresse, sans un mot, et l’harmonie familiale est de retour ».

 

Que le Seigneur nous aide à remettre ces trois mots clefs à leur juste place, dans notre cœur, dans notre maison, mais aussi dans la société, a conclu le Pape.

Pape 9

 

Au début de cette belle et riche catéchèse, il avait établi une distinction entre « bonne éducation » et « bonnes manières ». Citant Saint François de Sales, il avait affirmé que « la bonne éducation est déjà la moitié de la sainteté » et ajouté que « Derrière de trop bonnes manières peuvent se cacher de vilaines habitudes ».